Les signes qui reviennent souvent
Cochez ce qui vous parle. Il ne s'agit pas d'un test, mais d'une première mise en mots. Rien n'est enregistré.
Ce qui se passe, vraiment
Face à un danger, le cerveau bascule en mode survie : l'amygdale prend le contrôle, le corps se prépare à fuir, combattre ou se figer, et la région qui organise habituellement les souvenirs (l'hippocampe) fonctionne moins bien. Résultat : le souvenir de l'événement n'est pas archivé comme un souvenir ordinaire, daté et terminé. Il reste stocké de manière fragmentée — des images, des sons, des sensations corporelles, une émotion brute — sans étiquette « c'est fini ».
C'est ce qui explique les symptômes. Les reviviscences : un déclencheur (une odeur, un bruit, une date) réactive le fragment, et le corps réagit comme si l'événement recommençait. L'hypervigilance : le système d'alarme, jamais désactivé, scrute en permanence. L'évitement : la personne organise sa vie pour ne pas rencontrer les déclencheurs — ce qui soulage à court terme, mais empêche le cerveau de mettre à jour le souvenir. Et souvent, une culpabilité ou une honte qui n'ont aucune raison d'être, mais qui verrouillent le silence.
On distingue le traumatisme simple (un événement unique, à l'âge adulte) et le traumatisme complexe (des événements répétés, souvent dans l'enfance, dans une relation dont on ne pouvait pas s'échapper : violences familiales, négligence, harcèlement prolongé). Le second touche plus largement l'image de soi, la régulation des émotions et les relations ; la CIM-11 le reconnaît désormais comme un diagnostic à part entière. Il demande un travail plus progressif, mais il se traite aussi.
Des méthodes validées, pas des intuitions
Le traitement du traumatisme est l'un des domaines où les recommandations internationales sont les plus convergentes — et les plus claires sur ce qui fonctionne.
- L'Organisation mondiale de la santé (2013) recommande deux traitements psychologiques pour le stress post-traumatique : la TCC centrée sur le trauma et l'EMDR.
- Les recommandations du NICE (2018) et de l'American Psychological Association (2017) aboutissent aux mêmes conclusions, avec des tailles d'effet larges pour ces approches.
- La revue Cochrane de Bisson et coll. (2013) confirme que la TCC centrée sur le trauma et l'EMDR sont supérieures aux approches non spécifiques et à l'attente.
- Pour un traumatisme unique, l'EMDR obtient des résultats en un nombre de séances généralement limité — souvent entre 6 et 12 —, sans qu'il soit nécessaire de raconter l'événement dans le détail.
- Pour le traumatisme complexe, les recommandations de l'ISTSS (2019) préconisent une approche par phases : stabilisation, retraitement, intégration. La thérapie des schémas y a également sa place.
Sur l'EMDR, une précision d'honnêteté : son efficacité est solidement établie, et c'est ce qui justifie sa place dans les recommandations. Le mécanisme précis par lequel les stimulations bilatérales facilitent le retraitement fait, lui, encore l'objet de recherches. Ce n'est pas rare en médecine, et cela n'enlève rien à l'indication.
Le déroulé de l'accompagnement
Si le danger n'est pas terminé
Le retraitement d'un traumatisme suppose que vous soyez, aujourd'hui, en sécurité. Si vous vivez encore dans la situation qui vous fait du mal — violences au domicile, harcèlement en cours —, la priorité est d'abord la protection. En cas de danger immédiat, contactez la police (19) ou le SAMU (141). Un accompagnement psychologique reste possible et utile dans l'intervalle : il portera d'abord sur la sécurité et la stabilisation.
Faites le point en deux minutes
Le PC-PTSD-5 (Prins et coll., 2016) est un questionnaire de repérage en cinq questions, du domaine public, développé pour la médecine générale. Il concerne les personnes ayant vécu un événement effrayant, horrible ou bouleversant : accident grave, agression, violence, catastrophe, décès brutal d'un proche, ou tout événement qui vous a fait craindre pour votre vie ou votre intégrité.
Ce que l'on me demande le plus souvent
Vais-je devoir raconter l'événement en détail ?
Non. En EMDR, il suffit de savoir sur quoi porte le travail ; vous n'avez pas à décrire la scène, et vous pouvez garder pour vous ce que vous ne souhaitez pas dire. Le retraitement se fait en grande partie de manière intérieure, avec des points de contact réguliers. C'est l'une des raisons pour lesquelles beaucoup de personnes qui n'avaient « jamais pu en parler » choisissent cette approche.
Comment fonctionne l'EMDR concrètement ?
EMDR signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires). Après une phase de préparation, vous portez votre attention sur le souvenir tout en suivant des stimulations bilatérales — mouvements des yeux, ou tapotements alternés. Par séries courtes, le souvenir perd sa charge émotionnelle et se réorganise : il devient un souvenir du passé, et non plus une menace présente. L'efficacité est solidement établie ; le mécanisme précis reste en cours d'étude.
Combien de séances faut-il ?
Pour un événement unique, souvent entre 6 et 12 séances au total, préparation comprise. Pour des traumatismes multiples ou anciens, le travail est plus long et se fait par étapes. Nous mesurons régulièrement l'évolution des symptômes pour ajuster.
Peut-on faire de l'EMDR en visioconférence ?
Oui. Des protocoles adaptés à la consultation à distance ont été développés et évalués depuis 2020, avec des résultats comparables aux séances en cabinet lorsque le cadre est bien préparé. Certaines situations, en particulier les traumatismes complexes, se travaillent toutefois de préférence au cabinet. Nous en décidons ensemble lors de l'évaluation.
Un événement de l'enfance, très ancien, peut-il encore être traité ?
Oui. L'ancienneté n'est pas un obstacle : ce qui est traité, c'est la trace que l'événement a laissée, et cette trace est présente aujourd'hui. Les traumatismes de l'enfance demandent souvent un travail plus progressif, associant EMDR et thérapie des schémas, pour aborder aussi ce que l'événement a changé dans l'image de soi.
C'est le meilleur des psychologues, combinant les qualités humaines — écoute, bienveillance, empathie, disponibilité — et des qualités professionnelles telles que la rigueur, le sérieux et une approche scientifique. Je le recommande vivement à toute personne en quête d'un réel accompagnement.
Ce qui est resté coincé peut être digéré.
Une première séance d'évaluation, sans obligation de raconter quoi que ce soit. Nous vérifierons ce qui est en jeu et choisirons ensemble le rythme et l'approche.
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Références
- Organisation mondiale de la santé (2013). Guidelines for the management of conditions specifically related to stress. WHO, Genève.
- National Institute for Health and Care Excellence (2018). Post-traumatic stress disorder. NICE guideline NG116.
- American Psychological Association (2017). Clinical practice guideline for the treatment of posttraumatic stress disorder (PTSD) in adults.
- Bisson, J. I., Roberts, N. P., Andrew, M., Cooper, R., & Lewis, C. (2013). Psychological therapies for chronic post-traumatic stress disorder (PTSD) in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, (12), CD003388.
- Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures (3rd ed.). Guilford Press.
- International Society for Traumatic Stress Studies (2019). ISTSS Guidelines Position Paper on Complex PTSD in Adults.
- Brewin, C. R., Gregory, J. D., Lipton, M., & Burgess, N. (2010). Intrusive images in psychological disorders: characteristics, neural mechanisms, and treatment implications. Psychological Review, 117(1), 210-232.
- Prins, A., Bovin, M. J., Smolenski, D. J., et al. (2016). The Primary Care PTSD Screen for DSM-5 (PC-PTSD-5): development and evaluation within a veteran primary care sample. Journal of General Internal Medicine, 31(10), 1206-1211.